À 26 ans, Anouk fait souffler un vent nouveau sur la toile de Jouy. Depuis son appartement de Montmartre, la jeune créatrice imagine, coupe et confectionne seule des pièces où se rencontrent héritage français, allure parisienne et inspirations japonaises.
La toile de Jouy n'a jamais vraiment quitté les intérieurs français. Anouk, elle, a décidé de la faire sortir des murs. Avec Anouk.Montmartre, elle transforme cette étoffe chargée d'histoire en kimonos oversize, silhouettes confortables et pyjamas aux airs de pièces de collection. Une façon bien à elle de faire dialoguer le XVIIIe siècle avec le Paris d'aujourd'hui.
À l’origine de cette aventure, un parcours en école de commerce, bien éloigné de la couture. Une formation qui lui sert aujourd’hui autant dans la création de ses pièces que dans la gestion de sa jeune entreprise. Après une année en école de mode, Anouk apprend finalement seule à coudre chez elle et se forme pendant près d’un an, avant de lancer sa propre marque.
« J'ai commencé à coudre pour mes amies et pour moi-même. Je faisais des vêtements simples et confortables. Mes amies m'ont dit que j'avais du talent et que je devais me lancer. »
Elle commence alors à créer sans véritable plan de carrière, simplement portée par l'envie de faire. Puis vient un marché de créateurs à Montmartre. Les retours sont nombreux, les pièces séduisent et le doute laisse progressivement place à l'évidence : Anouk se lance.
« Mon idée, c'était de réunir mes deux passions : Montmartre et la mode. »
Marie-Antoinette, mais version Montmartre
Pour comprendre l'univers d'Anouk, il faut remonter à une autre époque. Celle de Marie-Antoinette, de ses robes extravagantes et de l'esthétique du XVIIIe siècle. Grande admiratrice du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola, la créatrice trouve dans cet univers une inspiration évidente.
« J'adore Marie-Antoinette et notamment le film de Sofia Coppola. C'est aussi pour cela que j'ai choisi la toile de Jouy. »
Mais loin de vouloir reproduire un vestiaire historique, Anouk s'amuse à le détourner. Les volumes deviennent plus amples, les pièces plus faciles à porter, les silhouettes empruntent au vestiaire japonais. La toile de Jouy change alors de registre : moins sage, plus libre, résolument contemporaine.
Une mode qui ne voyage pas
Anouk.Montmartre porte son quartier jusque dans ses tissus. La créatrice se fournit notamment au Marché Saint-Pierre, à quelques minutes de chez elle, puis rapporte les étoffes chez elle pour les transformer, entièrement à la main.
Ici, pas de chaîne de production ni de kilomètres parcourus avant que le vêtement n'arrive entre les mains de sa propriétaire. Il arrive même à Anouk de livrer certaines clientes parisiennes à vélo.
« J'aime l'idée que le produit n'ait que très peu voyagé. Le circuit reste ultra court. »
Cette proximité n'est pas simplement une manière de produire. Elle raconte aussi une certaine vision de la mode : celle d'une marque profondément ancrée dans son environnement, où le vêtement reste lié à la personne qui l'a imaginé et fabriqué.
L'esprit village de Montmartre
Car chez Anouk, Montmartre n'est pas seulement une adresse. C'est une source d'inspiration.
Elle aime son atmosphère de village, les rencontres improbables, les discussions qui commencent au coin d'une rue et les liens qui se créent au fil du temps.
« Ici, les gens se connaissent. Je suis même devenue meilleure amie avec ma voisine. Les rencontres n'ont pas d'âge : mes amies peuvent avoir 26 ans comme 55 ans. J'aime ce quartier où l'on partage autour de la musique, où l'on se retrouve sur les places ou dans les cafés. »
Une philosophie qu'elle aimerait retrouver dans sa marque : le partage, la rencontre et l'échange.
Alors, pour sa deuxième collection, Anouk a décidé de ne pas créer seule. Elle a invité sa communauté à prendre part au processus créatif, convaincue que les bonnes idées peuvent aussi naître à plusieurs.
« J'estime que je ne suis pas la seule à détenir un pouvoir créatif. Je trouve qu'ensemble, on réalise parfois de bien plus belles choses. »
Les résultats de cette co-création seront bientôt dévoilés et donneront naissance à la prochaine collection d'Anouk.Montmartre.
À 26 ans, Anouk ne cherche finalement pas à choisir entre tradition et modernité. Elle préfère les faire cohabiter. Une toile de Jouy, une machine à coudre, un appartement à Montmartre et beaucoup d'envie : il n'en faut parfois pas davantage pour réinventer un classique.